Cette association a été pensée pour toutes les femmes touchées, d’une manière ou d’une autre, par la violence — qu’elles l’aient subie dans leur corps ou leur histoire, qu’elles la portent en elles sans toujours pouvoir la nommer, ou qu’elles en soient venues, par la blessure, à la retourner contre elles-mêmes ou contre d’autres. Car la violence ne s’arrête pas toujours à celle ou celui qui l’inflige en premier : elle se love parfois dans le silence, se love dans le corps, se love dans une lignée, et peut ressurgir sous des formes détournées — la femme qui se fait mal à elle-même, celle qui reproduit sans le vouloir ce qu’elle a reçu, celle qui porte une mémoire de violence qui n’est pas la sienne propre. C’est à toutes ces femmes que cette association s’adresse : non pas pour juger la forme que la blessure a prise, mais pour offrir un chemin de reconnexion à soi, où le corps retrouve sa dignité et sa mémoire retrouve un sens.
Trois convictions fondent la vision de cette association et inspirent la manière dont le soin est pensé et pratiqué :
Le rite comme passage. Le passage d’un état à un autre — de la blessure à la reconstruction, de l’effacement à la présence — ne se fait pas seulement par la parole ou la pensée. Il se fait par le corps, par le geste, par le symbole, par la connexion à la nature et à ce qui nous dépasse. Le rituel n’est pas un folklore : c’est un outil de transformation, ancré dans des traditions vivantes, aussi bien africaines qu’universelles.
Devenir soi. Le chemin de guérison est aussi un chemin de devenir soi — de rencontre avec ses propres ombres, ses propres forces, sa propre totalité. Ce n’est pas seulement « aller mieux » : c’est un processus d’intégration, où la femme se réapproprie les parts d’elle-même que la violence avait dissociées ou fait taire.
L’écoute du vivant. L’idée d’un vivant en mouvement, d’un équilibre entre les forces, d’une écoute du corps et de la nature comme sources de sagesse. Il ne s’agit pas de forcer la guérison, mais de l’accompagner, de créer les conditions pour qu’elle advienne, dans le respect du rythme de chaque femme.
Le lien entre le corps de la femme et le corps de la Terre. Cette association naît aussi d’une conscience profonde : le corps de la femme et le corps de la Terre-Mère sont intimement liés, tous deux profondément féminins, tous deux porteurs de vie, et tous deux trop souvent maltraités, exploités, blessés sans considération pour ce qu’ils donnent. La violence faite aux femmes et la violence faite à la nature procèdent d’un même aveuglement : celui d’un rapport au vivant qui a perdu le respect du féminin — en soi, chez l’autre, et dans le monde. Soigner le corps d’une femme, c’est aussi, symboliquement et concrètement, réparer ce lien. C’est pourquoi cette démarche s’inscrit dans une conscience écologique et spirituelle plus large : on ne peut prétendre défendre la Terre sans avoir soi-même réconcilié son propre rapport au féminin intérieur ; les traditions béninoises et vodun, où le respect du féminin et du sacré de la nature sont intimement liés, en portent une mémoire vivante et précieuse à transmettre.
Ces convictions ne sont pas propres à une seule culture — elles se retrouvent, sous des formes différentes, aussi bien dans les traditions vodun et les pratiques de soin traditionnelles béninoises que dans les approches thérapeutiques contemporaines occidentales. C’est précisément cette rencontre, ce dialogue entre deux mondes qui se répondent, qui constitue le socle de l’association.
De cette philosophie et de cette expérience vécue découle une conviction simple : le soin des femmes ayant vécu la violence peut, et doit, être pensé comme un pont entre deux terres, deux cultures, deux savoirs — la Suisse et le Bénin —, chacune ayant quelque chose à apporter et à recevoir de l’autre.